A propos de Champ de Bataille, Jean de La Varende écrivait :

«Ici règne l’ampleur. Le décor n’intervient qu’après la déclaration de puissance.»

C’est cette ampleur qui m’a décidé à racheter le domaine, en 1992. Les avaries du temps avaient peu affecté une architecture considérée depuis toujours comme un chef-d’œuvre du style baroque, et que l’on peut attribuer à Le Vau, sans preuve formelle, certes, mais avec la force de l’évidence.

Les Jardins et le Château, des créations somptueuses

Pour les intérieurs, outre l’escalier magistral, deux pièces seulement avaient échappé au naufrage : le vestibule-haut et le salon de compagnie. Bien qu’avilis par le temps, leur volume extraordinaire et les vestiges de leur richesse m’ont donné le ton pour réinventer l’ensemble des décors du Grand appartement de manière palatiale. Ils me permettaient dès lors de présenter correctement des meubles et des objets, acquis depuis longtemps. Pour la plupart, ils proviennent en effet de collections royales ou princières, et s’étaient trouvés dispersés lors des ventes révolutionnaires.

Le même principe de grandeur m’a guidé par ailleurs, quand il s’est agi de recréer, à partir de rien ou presque, des jardins qui sans doute avaient été somptueux, mais dont le temps avait effacé jusqu’à la dernière trace.

Seul un bout de croquis avait échappé à l’oubli : né de la main d’un grand paysagiste – peut-être Le Nôtre en personne –, ce document désignait l’emplacement de quelques éléments d’époque. Ils ont été restitués scrupuleusement ; et pour le reste, ce sont eux, avec ma volonté de retrouver la source antique, qui ont donné la mesure et l’inspiration des nouveaux jardinsréalisés avec Patrick Pottier.

Nous avons d’emblée adopté le parti d’une oeuvre contemporaine dans l’esprit, quoique intemporelle dans ses lignes. L’inspiration du moment dans les formes de toujours : tel aura été le principe directeur d’un parc et jardin plus que moderne, harmonieusement éclos dans un cadre classique et même romain.

Ainsi prennent corps, à Champ de Bataille, des décors intérieurs et extérieurs où le visiteur retrouvera ce sentiment oublié de l’atmosphère. Faire grand et viser haut : mon ambition perpétuelle trouve ici sa concrétisation la plus aboutie ; où je reprendrais volontiers, pour la faire mienne, cette définition de Daniel Boulanger :

« Embellir, c’est se sauver du peu, s’élever au-dessus de soi. Je crois au sonnet, à la cantate, à la Sixtine. »

Jacques Garcia